Cluely est une application qui vous souffle les réponses en temps réel pendant vos entretiens d’embauche, vos réunions ou vos examens. Une surcouche invisible qui lit votre écran, écoute la conversation et affiche des suggestions que vous seul pouvez voir, même quand vous partagez votre écran.
Le slogan assumé : « Cheat on Everything », trichez sur tout.
L’outil, basé sur l’IA, a levé 20 millions de dollars auprès d’Andreessen Horowitz et affiche une valorisation de 120 millions. Les fondateurs, deux étudiants de 21 ans suspendus de Columbia pour avoir utilisé leur propre outil de triche, sont devenus des célébrités de la tech grâce à une stratégie de provocation virale savamment orchestrée.
Mais derrière le buzz, que vaut vraiment Cluely ? Et surtout : est-ce que ça vaut le risque ?

L’histoire derrière Cluely : la triche comme business model
Avant Cluely, il y avait Interview Coder. Une extension Chrome développée par Roy Lee et Neel Shanmugam, étudiants en informatique à Columbia. Le principe : l’outil capture le problème de code affiché à l’écran pendant un entretien technique, l’envoie à un LLM et affiche la solution discrètement.
Les deux étudiants ont utilisé leur propre outil pour décrocher des offres chez Amazon et Meta. Ils ont même publié une vidéo de l’entretien Amazon réussi grâce à l’IA. Amazon a retiré l’offre. Columbia les a suspendus.

La plupart des gens auraient fait profil bas. Roy Lee a fait l’inverse. Il a rebrandé l’outil en Cluely, publié un manifeste intitulé « We Want to Cheat on Everything » et lancé une vidéo virale où il utilise Cluely lors d’un rendez-vous galant pour mentir sur son âge et simuler des connaissances en art. La vidéo a fait 10 millions de vues.
Sa stratégie assumée : le « ragebait ». Plus les gens s’indignent, plus ils partagent, plus Cluely gagne en notoriété. Lee l’a théorisé : « La viralité m’a protégé de punitions supplémentaires. »
L’avis de SalesdoradoOn peut admirer l’audace marketing. Mais construire un business sur la triche assumée, c’est cynique. Et quand les fondateurs se vantent d’avoir « hacké » le système d’entretien d’Amazon, on se demande ce qu’ils sont prêts à faire avec les données de leurs utilisateurs.
Ce que fait Cluely (sur le papier)
Une surcouche invisible pendant vos appels
Cluely affiche une fenêtre superposée à votre écran que seul vous pouvez voir, même quand vous partagez votre écran sur Zoom ou Google Meet. L’outil utilise des techniques d’injection graphique pour rester invisible aux logiciels de partage d’écran.

L’application écoute la conversation (reconnaissance vocale), lit ce qui s’affiche à l’écran (OCR) et génère des suggestions de réponses en temps réel via des LLM (GPT-4, Claude).

Des « manuels » personnalisés
Vous pouvez télécharger vos documents (PDF, guides, scripts de vente) pour créer une base de connaissances. L’IA s’y réfère pour générer des réponses contextualisées… en théorie.
Une application mobile
Une app iOS permet d’utiliser Cluely en présentiel : le téléphone posé sur la table écoute la conversation et affiche des suggestions. Cas d’usage affiché : rendez-vous médicaux, déjeuners d’affaires, rendez-vous galants.

Ce qui ne fonctionne pas (en pratique)
Une latence qui tue l’usage
Les tests utilisateurs rapportent une latence de 5 à 10 secondes entre la question et la suggestion de réponse. Dans une conversation naturelle, 8 secondes de silence après une question, c’est une éternité. Vous avez l’air perdu, pas compétent.
Des hallucinations fréquentes
L’IA invente des expériences professionnelles qui ne figurent pas sur votre CV. Elle déforme vos compétences. Dans un contexte de vente ou de support client, c’est catastrophique : vous ne pouvez pas construire la confiance avec des réponses factuellement fausses.
Une détection humaine facile
Les recruteurs repèrent facilement les candidats qui utilisent Cluely : regard fuyant, délai avant réponse, ton monotone de lecture. L’outil est peut-être invisible pour le logiciel, mais l’utilisateur ne l’est pas.
Une surcharge cognitive contre-productive
Converser naturellement, écouter la personne, lire secrètement une suggestion IA, la traiter et parler naturellement, c’est cognitivement épuisant. Les utilisateurs finissent par donner une impression robotique et déconnectée. L’inverse de l’objectif.
Les risques que vous prenez
Risques légaux : illégal en Europe
Pour fonctionner, Cluely enregistre tout ce que votre microphone capture et tout ce qui s’affiche à l’écran. Sans le consentement des autres participants.
En Europe (RGPD), enregistrer une voix sans consentement explicite est illégal. Même aux États-Unis, dans les états « two-party consent » comme la Californie, utiliser Cluely pour transcrire un entretien à l’insu du recruteur pourrait exposer à des poursuites pour écoute illicite.
Les CGU de Cluely sont claires : c’est vous qui êtes responsable d’informer les participants que vous utilisez l’outil. Sauf que l’outil est vendu comme « indétectable ». La contradiction est gênante.

Risques de sécurité : la faille de 2025
En novembre 2025, une faille de sécurité massive a exposé les données de 83 000 utilisateurs de Cluely. Les hackers ont eu accès aux transcriptions intégrales des entretiens, aux identités des utilisateurs, et aux captures d’écran prises pendant les sessions.
L’origine de la faille ? Des mots de passe administrateur laissés dans un dépôt GitHub public. Une négligence de débutant pour une startup qui promet la discrétion.
Vos données passent par des LLM tiers (OpenAI, Anthropic). Cluely n’offre aucune garantie publique sur la conservation ou l’utilisation de ces données.
Risques de réputation : si vous êtes découvert
Si vous utilisez Cluely pour tricher lors d’un entretien et que vous êtes découvert (ou que vos données fuitent), les conséquences peuvent être sévères : retrait de l’offre, licenciement, réputation professionnelle détruite.
Dans un secteur où tout le monde se connaît, c’est un risque majeur.
Tarifs de Cluely
| Plan | Prix | Ce qui est inclus |
|---|---|---|
| Starter | Gratuit | Réponses IA limitées, prise de notes limitée, personnalisation des instructions et upload de fichiers, accès à l’historique des réunions |
| Pro | 20 $/mois | Tout Starter + réponses IA illimitées, prise de notes illimitée, accès aux derniers modèles IA, support prioritaire |
| Pro + Undetectability | 75 $/mois | Tout Pro + « Completely hidden to meeting screen sharing software » (invisibilité totale pendant le partage d’écran) |
La grille tarifaire est limpide sur ce que vous achetez : le plan à 75 $/mois vend explicitement l’indétectabilité comme fonctionnalité premium. C’est le cœur du produit.
Les alternatives légitimes
Si vous cherchez une aide en réunion sans les risques éthiques et légaux de Cluely, des alternatives transparentes existent :
- Otter.ai : transcription et prise de notes automatique de réunions, avec le consentement de tous les participants. L’outil s’intègre à Zoom, Google Meet, Microsoft Teams.
- tl;dv : enregistrement et résumé de réunions avec consentement. Permet de coacher les commerciaux après les appels, pas de les faire tricher pendant.
- Assistants natifs Google et Microsoft : les fonctionnalités de transcription et de résumé intégrées à Google Meet et Microsoft Teams sont transparentes et légales.