Twenty CRM : notre avis complet sur le CRM open source français

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Donc non, clairement, ce n’est pas un Salesforce gratuit. C’est autre chose, excellent pour certaines équipes et parfaitement inutilisable pour d’autres. Reste à savoir de quel côté vous êtes, et à vérifier si l’auto-hébergement gratuit vous fera vraiment économiser quelque chose.

On a ouvert un espace de travail, créé des objets, monté des workflows et construit des tableaux de bord.

La page d'accueil de Twenty CRM, avec ses compteurs GitHub et Discord

Twenty, c’est quoi exactement ?

Twenty est un CRM open source lancé en 2023 par une jeune pousse parisienne, fondée par Félix Malfait, Charles Bochet et Thomas Colas des Francs, passée par l’accélérateur Y Combinator. Le projet revendique aujourd’hui plus de 54 000 étoiles sur GitHub, ce qui en fait le CRM libre le plus suivi au monde, avec une communauté de 7 000 personnes sur Discord.

Le détail qui compte le plus se lit pourtant sur sa propre page d’accueil : Twenty ne s’y présente pas comme une alternative à Salesforce, mais comme un ensemble de briques destinées aux équipes techniques pour construire un CRM sur mesure. L’éditeur a fait le même constat que nous : son produit ne se juge pas sur la parité fonctionnelle avec les CRM installés.

Deux façons de l’utiliser :

  • Le cloud managé, facturé par utilisateur, où Twenty s’occupe de l’infrastructure, des sauvegardes et des montées de version.
  • L’auto-hébergement, dont la licence est gratuite, où vous installez le produit complet sur votre propre serveur et assumez son exploitation.

La version 2.0, sortie le 21 avril 2026, a changé la nature du produit en ouvrant une plateforme d’applications. On y revient plus bas.

Pourquoi la comparaison avec Salesforce vous met sur une fausse piste

Twenty entretient lui-même l’ambiguïté. Sa page tarifs affiche un faux comparatif intitulé « Salesfarce Pro », où chaque fonctionnalité normale devient une option facturée en supplément. C’est drôle et bien vu. Ça installe surtout une attente que le produit ne tiendra pas.

Le faux comparatif « Salesfarce Pro » affiché sur la page tarifs de Twenty

Posons donc les choses franchement. Voici ce qu’une direction commerciale trouve chez Salesforce et ne trouvera pas chez Twenty :

  • Le prévisionnel de chiffre d’affaires, avec pondération par étape et projections par équipe.
  • Le CPQ, c’est-à-dire la configuration de devis complexes avec règles de tarification.
  • La gestion de territoires et l’affectation automatique des comptes.
  • Le multi-devise avancé.
  • Une place de marché d’applications comparable, où l’on branche un outil métier en trois clics.

Ces manques ne sont pas des oublis. Ce sont des choix. Twenty a été écrit à partir d’une page blanche en 2023, il n’a pas vingt ans de dette fonctionnelle à rattraper et son équipe assume de ne pas courir après la parité.

Ce qu’elle a construit à la place est autrement plus intéressant : un modèle de données que vous façonnez librement, une interface qui ressemble à Notion plus qu’à un logiciel de gestion et une exposition complète en API de tout ce que vous créez.

Autrement dit, Twenty n’est pas un CRM d’entreprise en version gratuite. C’est une base de données relationnelle qui sait tenir un pipeline commercial. La différence paraît subtile. Elle détermine pourtant qui doit l’adopter et qui doit fuir.

À quoi comparer Twenty CRM pour de vrai ?

Si vous hésitez entre Twenty et Salesforce, vous ne vous posez pas la bonne question. Voici le champ de comparaison pertinent.

SolutionCe qu’elle est vraimentOrdre de grandeur tarifaireCe que vous gagnez à choisir Twenty
TwentyModèle de données ouvert avec pipeline commercial, extensible en TypeScript9 à 19 $ par utilisateur, palier grand compte à partRéférence de la comparaison
AttioLe concurrent le plus proche par la philosophie : données flexibles, ergonomie moderne, cible techTrois à quatre fois plus cherLe code source et l’option d’auto-hébergement
Airtable ou NotionDes bases de données génériques qu’on transforme en CRM à la mainComparableUn pipeline, des opportunités et une timeline nativement présents
PipedriveLe CRM commercial simple et abouti, pensé pour vendreComparable en entrée de gammeLa liberté de modélisation, si votre métier ne rentre pas dans les cases
FolkL’option française légère, orientée relation et prospectionEnviron le doubleLa profondeur de modélisation, si vos objets métier sortent du contact classique

Si vous remplacez un tableur ou un Notion bricolé, Twenty est probablement le meilleur choix du marché. Si vous remplacez un CRM commercial installé, vous allez perdre des choses.

L’interface de Twenty : un tableur qui aurait appris les relations

Première impression à l’ouverture : on ne dirait pas un CRM. Un menu latéral sobre liste vos objets, Companies, People, Opportunities, Tasks et Notes, auxquels s’ajoutent les tableaux de bord et les workflows.

Chaque objet s’affiche en tableau, avec les codes du tableur plutôt que ceux du logiciel de gestion :

  • L’édition se fait directement dans la cellule, sans ouvrir de formulaire.
  • Une ligne Add New en bas de tableau crée un enregistrement sans quitter la vue.
  • Les colonnes se filtrent, se trient et se réorganisent à la volée, et chaque configuration se sauvegarde comme une vue.
  • Le raccourci commande-K ouvre une recherche universelle et l’ensemble se pilote au clavier.
La vue Companies de Twenty CRM avec le panneau latéral d'une fiche société
La vue Companies : édition en ligne, panneau latéral contextuel et ligne d’agrégats en pied de colonne

Deux détails méritent qu’on s’y arrête, parce qu’ils reviennent partout dans l’outil :

  • La ligne d’agrégats en pied de tableau, d’abord. Sous chaque colonne, vous choisissez un calcul : le maximum d’une valeur numérique, le pourcentage de cellules vides, le nombre d’entrées renseignées, une moyenne. Sur notre échantillon, Twenty affichait ainsi 100 % de champs LinkedIn vides. Ce n’est pas un gadget de tableur : c’est un indicateur de qualité de fiche permanent, visible sans construire le moindre rapport.
  • Le panneau latéral, ensuite. Cliquez sur une ligne et la fiche s’ouvre à droite, avec ses champs d’un côté et ses objets liés de l’autre, sans quitter la liste. Des onglets donnent accès à la chronologie, aux tâches, aux notes et aux fichiers. Vous naviguez d’un enregistrement à l’autre sans jamais recharger de page.

Les vues se déclinent également en kanban et en calendrier, chacune étant enregistrable et partageable. La prise en main est rapide pour qui a déjà manipulé Notion ou Airtable. Elle l’est nettement moins pour un commercial habitué à un CRM classique, et ce point pèse dans un projet d’adoption d’un logiciel CRM.

La gestion des comptes et des contacts

Les sociétés

L’objet Companies arrive pré-équipé des champs qu’on attend, plus quelques-uns qu’on n’attend pas : nom de domaine, effectif, adresse, LinkedIn, compte X, ARR et un booléen ICP pour marquer vos comptes cibles. Le logo de l’entreprise se récupère automatiquement à partir du domaine, ce qui rend les listes immédiatement lisibles.

Chaque fiche embarque aussi ses métadonnées de traçabilité : créateur, dernière modification et auteur de celle-ci. Quand un enregistrement provient d’un import ou d’un workflow, Twenty l’attribue à « System » plutôt qu’à un utilisateur. C’est une précision appréciable quand plusieurs sources alimentent votre base.

Sous les champs, la fiche liste les objets rattachés : le propriétaire du compte, les opportunités en cours, les personnes qui y travaillent. Tout est cliquable, tout se rattache par recherche.

Les contacts

Même logique côté People, avec les emails, les téléphones et le rattachement à la société. Chaque contact hérite alors du contexte de son entreprise : ses opportunités, les autres interlocuteurs, l’historique des échanges.

La vue People de Twenty CRM et le panneau latéral d'une société reliée
Les relations se lisent dans les deux sens : depuis un contact, on remonte à sa société, à ses opportunités et aux autres personnes rattachées

La synchronisation des emails et des agendas se configure dans les réglages, avec Google et Microsoft. Les échanges remontent alors dans la chronologie des enregistrements concernés, sans copier-coller.

Une limite à connaître avant de vous engager : il n’existe pas d’enrichissement natif des données. Pas de récupération automatique du SIREN, de l’effectif consolidé ou des dirigeants comme le proposent certains CRM français. Vous alimentez ces champs par import, par API ou via un outil tiers.

Le pipeline commercial et les opportunités

C’est la brique qui distingue Twenty d’un simple Airtable. L’objet Opportunities arrive avec ses champs commerciaux : montant, date de clôture prévisionnelle, société rattachée, interlocuteur principal, étape et propriétaire.

La vue Opportunities de Twenty CRM avec montants, dates de clôture et contacts associés
Le pipeline commercial existe bien, avec montants, dates de clôture et rattachement aux sociétés comme aux contacts

En vue kanban, les affaires se déplacent d’une étape à l’autre par glisser-déposer, à la manière de Pipedrive. Les étapes se renomment et se réorganisent librement, puisqu’il s’agit d’un champ de sélection comme un autre. Vous pouvez d’ailleurs créer plusieurs objets de type opportunité si vos pipelines commerciaux diffèrent trop d’une activité à l’autre, ce qu’un CRM classique facture en général au prix fort.

La ligne d’agrégats prend ici tout son sens : montant total du pipeline, panier moyen, date de clôture la plus lointaine, le tout affiché sous le tableau et recalculé à chaque filtre.

Voilà pour les bonnes nouvelles. Maintenant les limites, et elles sont nettes :

  • Aucune pondération par probabilité d’étape, donc aucun pipeline pondéré.
  • Aucune notion de quota ni d’objectif.
  • Aucune alerte sur les affaires qui stagnent.

Twenty stocke et affiche votre pipeline avec élégance, il ne le pilote pas à votre place. Si les étapes de votre cycle de vente sont votre outil de management principal, gardez cette réserve en tête.

Les tâches et les notes

Les tâches suivent la même grammaire que le reste : un titre, un statut, une échéance, un responsable et surtout un champ de relations qui les rattache à n’importe quel enregistrement de votre espace.

La gestion des tâches dans Twenty CRM avec rattachement à un contact
Une tâche se rattache à n’importe quel enregistrement, y compris à un objet que vous avez créé vous-même

Ce point mérite d’être souligné. Dans la plupart des CRM, une tâche se rattache aux objets prévus par l’éditeur et à eux seuls. Ici, comme le champ de relations pointe vers n’importe quel objet, une tâche peut aussi bien concerner un contact qu’un « Chantier » ou un « Dossier » que vous venez de créer. C’est la conséquence directe du modèle de données ouvert.

Les notes fonctionnent comme un éditeur de texte moderne, avec les commandes en barre oblique et les mentions à l’arobase. On y écrit des comptes rendus de rendez-vous corrects, sans basculer vers un outil externe.

Ce qui manque, en revanche : pas de séquences de relance automatisées, pas de modèles d’emails, pas de rappels intelligents. Les tâches se créent à la main ou par workflow. Pour de la prospection sortante structurée, vous garderez votre outil dédié à côté.

Le modèle de données : le gros point fort de Twenty CRM

Voici le cœur du réacteur et la seule raison valable de choisir cet outil.

Objets personnalisés, champs, vues, dispositions, enregistrements : tout est illimité sur les deux formules payantes et l’ensemble se configure sans code depuis les réglages. Vous créez un objet « Chantiers », « Dossiers » ou « Machines » en quelques minutes, avec ses attributs et ses relations.

L'éditeur de modèle de données de Twenty CRM, avec les relations et les champs d'un objet
L’éditeur de modèle de données : chaque objet expose ses relations typées et ses champs, modifiables sans écrire une ligne de code

L’écran de configuration sépare clairement deux notions :

  • Les relations d’abord, avec leur cardinalité explicite : appartient à un seul enregistrement, ou en possède plusieurs.
  • Les champs ensuite, avec un type de données précis : texte, nombre, devise, adresse, sélection, booléen, lien, date. Chaque élément se crée, se renomme et se désactive individuellement.

Comparez avec la concurrence, l’écart saute aux yeux. Chez Salesforce, les objets personnalisés apparaissent à partir des formules intermédiaires. Chez HubSpot, ils arrivent avec les niveaux hauts. Ici c’est le socle, dès 9 $.

Le corollaire est tout aussi important : chaque objet créé est automatiquement exposé en REST et en GraphQL. Vous n’attendez personne pour brancher votre outil interne dessus, et vous ne dépendez d’aucune feuille de route éditeur pour connecter votre système métier.

C’est ici que se joue votre décision, pas ailleurs. Si votre activité tient dans le triptyque contact, société, opportunité, cette liberté ne vous servira à rien et un CRM commercial classique vous rendra plus service. Si vous jonglez avec des objets métier que vous bricolez aujourd’hui dans un tableur, alors Twenty vous fait gagner un temps considérable et il n’a pas de vrai concurrent à ce prix.

Les workflows : l’automatisation sans code

L’automatisation se construit dans un éditeur visuel, sur un canevas où l’on enchaîne un déclencheur puis des actions.

L'éditeur de workflows de Twenty CRM avec un déclencheur et des actions enchaînées
L’éditeur de workflows : un déclencheur, des actions enchaînées et des champs alimentés par variables dynamiques

Le fonctionnement est classique et efficace. Vous choisissez un déclencheur : lancement manuel, création ou modification d’enregistrement, soumission d’un formulaire. Vous ajoutez ensuite des nœuds : créer une société, créer une personne, mettre à jour un champ, envoyer une requête HTTP, exécuter du code.

Le point fort se trouve dans le paramétrage des actions. Chaque champ de l’objet cible peut être renseigné en dur ou alimenté par une variable issue d’une étape précédente. Sur notre test, un formulaire de capture alimentait ainsi le nom et le domaine de la société créée, puis la personne rattachée dans la foulée.

Trois éléments de sérieux méritent d’être signalés, parce qu’ils manquent souvent chez les concurrents de ce gabarit :

  • Un bouton de test qui exécute le workflow avant activation.
  • Un historique des exécutions, pour comprendre ce qui a échoué et quand.
  • Un versionnage des workflows, avec brouillon et activation explicite, qui évite de casser une automatisation en production.

La limite tient au périmètre des déclencheurs externes. Twenty réagit très bien à ce qui se passe chez lui, beaucoup moins à ce qui se passe ailleurs. Pour orchestrer plusieurs outils entre eux, vous passerez par les webhooks ou par une plateforme d’automatisation tierce.

Le reporting et les tableaux de bord

Attention à la nuance ici, parce que le reproche habituel est devenu à moitié faux. Twenty embarque un vrai constructeur de tableaux de bord, organisé en onglets, où les blocs se placent sur une grille par glisser-déposer.

Un tableau de bord Twenty CRM avec plusieurs graphiques et indicateurs
Un tableau de bord assemblé dans Twenty : répartition du pipeline par étape, opportunités par commercial et indicateurs du mois

Les types de blocs couvrent l’essentiel : barres verticales ou horizontales, courbes, camembert, indicateur chiffré unique, jauge. S’y ajoutent un bloc de texte enrichi et un bloc iframe qui embarque une page externe dans le tableau de bord.

L’éditeur de graphique est plus fin qu’attendu. Vous choisissez la source parmi vos objets, vous appliquez un filtre, puis vous configurez chaque axe séparément : la donnée affichée, l’ordre de tri, l’exclusion des valeurs nulles, l’agrégat en ordonnée, un regroupement par champ. Le style suit, avec les couleurs, le nom des axes et l’affichage des étiquettes.

L'éditeur de graphique de Twenty CRM avec le choix de la source de données et des axes
L’éditeur de graphique : source, filtre, axes, regroupement et style se paramètrent sans code

Vous obtenez donc la répartition du pipeline par étape, le volume d’affaires par commercial ou la valeur créée sur le mois sans quitter l’outil. C’est largement suffisant pour piloter une équipe de dix personnes.

Ce qui manque, en revanche, est précisément ce dont vit une direction commerciale structurée. Pas de pondération des affaires par probabilité d’étape, pas de projection d’atterrissage trimestrielle, aucun suivi d’objectif ni de quota par commercial. Vous mesurez ce qui s’est passé, vous ne projetez pas ce qui va se passer.

Vous pouvez évidemment tout extraire par l’API et brancher votre propre outil de reporting commercial. C’est même la voie recommandée dès que le prévisionnel devient un enjeu. Encore faut-il avoir quelqu’un pour la construire et la maintenir, et savoir quels indicateurs de performance commerciale vous voulez vraiment suivre.

L’IA, le serveur MCP et la plateforme d’applications

Chaque workspace cloud embarque un serveur MCP natif. Vous connectez Claude, ChatGPT ou Cursor via OAuth et l’assistant lit puis écrit dans votre CRM en langage naturel.

L’usage qui convainc immédiatement : demander les affaires silencieuses depuis trente jours puis faire rédiger les relances, le tout réinjecté dans le CRM sans passer par un export. C’est aujourd’hui l’un des rares CRM à livrer cette brique en standard plutôt qu’en option d’entreprise, et l’écart avec la concurrence est ici considérable.

La version 2.0 a par ailleurs fait passer Twenty du statut de CRM à celui de socle applicatif. La commande npx create-twenty-app génère une extension complète : des objets, des fonctions de logique côté serveur, des composants React qui s’affichent directement dans l’interface, des vues, de la navigation, ainsi que des compétences et des agents pilotés par IA. Le tout en TypeScript, déployable sur n’importe quel espace de travail.

S’y ajoute la fonctionnalité dont personne ne parle et qu’aucun concurrent ne propose : le versionnage de votre espace de travail dans un dépôt git, avec branches et retour arrière. Vous voulez tester une refonte de votre modèle de données ? Vous créez une branche, vous essayez. Si ça ne prend pas, vous revenez en arrière.

Comparez avec la réalité d’un CRM classique, où modifier le modèle de données en production reste un projet à part entière, avec sandbox payante et validation en comité. C’est un écart de nature, pas de degré.

Twenty CRM : cloud ou auto-hébergement ?

C’est l’argument souvent entendu : l’auto-hébergement est gratuit, donc c’est moins cher. Vérifions.

« Gratuit » concerne la licence, pas le coût total. Faire tourner Twenty chez vous suppose un serveur avec Docker, PostgreSQL et une file de traitement. Ajoutez les sauvegardes, la surveillance, les montées de version et la gestion des incidents.

Chiffrons honnêtement. Comptez une cinquantaine de dollars mensuels pour une infrastructure correcte, sauvegardes incluses. Ajoutez le temps d’administration, valorisé à 60 euros de l’heure.

Temps d’administrationCoût mensuel réel de l’auto-hébergementÉquivalent en sièges Pro (9 $)Équivalent en sièges Organization (19 $)
1 heure par mois (optimiste)environ 115 $13 utilisateurs6 utilisateurs
2 heures par mois (réaliste)environ 180 $20 utilisateurs10 utilisateurs
3 heures par mois (avec incidents)environ 245 $27 utilisateurs13 utilisateurs

Le seuil dépend donc du plan que vous viseriez. Sur Pro, il se situe autour d’une vingtaine d’utilisateurs. Sur Organization, deux fois plus cher au siège, il tombe à une dizaine. En dessous, l’auto-hébergement vous coûte plus cher que le cloud. Une équipe de huit personnes paie 72 $ par mois sur Pro, soit nettement moins qu’une demi-journée de développeur par trimestre.

Retenez la règle qui en découle, elle est contre-intuitive : plus vos exigences de sécurité et de gouvernance montent, plus l’auto-hébergement devient rentable tôt. Le palier Enterprise, qu’on chiffre plus bas, pousse cette logique jusqu’à l’absurde.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut renoncer à héberger vous-même. Ça veut dire qu’il faut le faire pour les bonnes raisons : garder vos données sur votre infrastructure, ou modifier le code source. Jamais pour économiser 72 $.

Dernier point avant de vous lancer : les montées de version ont longtemps été le point douloureux de l’auto-hébergement. Depuis la version 1.22, vous pouvez sauter directement à la dernière version sans installer les intermédiaires, et le serveur applique les migrations tout seul au démarrage. Une instance plus ancienne, elle, doit encore remonter palier par palier jusqu’à la 1.22. Si vous reprenez une instance existante, commencez par regarder son numéro de version. Et sauvegardez avant tout.

Offres et tarifs : combien Twenty CRM coûte vraiment ?

Quatre formules, dont une gratuite :

FormuleTarifCe que vous obtenez
Auto-hébergementLicence gratuiteLe produit complet, sans bridage fonctionnel. Vous assumez l’infrastructure et l’exploitation.
Cloud Pro9 $ par utilisateur et par mois en annuel, 12 $ en mensuelPersonnalisation complète, applications sur mesure, agents IA, serveur MCP, API REST et GraphQL, sièges illimités, 50 crédits de workflow par an.
Cloud Organization19 $ par utilisateur et par moisTout Pro, plus les permissions au niveau de la ligne, le SSO SAML et OIDC, le nom de domaine personnalisé, les journaux d’audit, la rotation des clés de chiffrement et le support prioritaire.
Cloud EnterpriseÀ partir de 50 000 $ par anTout Organization, plus l’isolation sur instance dédiée, le filtrage par plage d’adresses IP, le provisionnement des comptes en SCIM, la revue de sécurité et un support dédié avec engagement de service.

Le prix affiché en grand est 9 $. Ce n’est pourtant pas celui que paiera une PME structurée.

La bascule se joue sur une fonction parfaitement banale : faire en sorte que chaque commercial ne voie que ses propres comptes. Les permissions au niveau de la ligne sont réservées à Organization. Le SSO aussi, ce qui suffit à disqualifier Pro dans la plupart des entreprises qui ont un annuaire d’identité. Pour une équipe commerciale organisée, le prix réel de Twenty est 19 $ par utilisateur.

Ça reste imbattable. Autant l’annoncer d’emblée plutôt que de le découvrir en fin de démonstration.

Reste le troisième étage, et c’est le plus instructif. Twenty a ouvert un palier Enterprise facturé à partir de 50 000 $ par an. Il ne débloque aucune fonction commerciale supplémentaire : uniquement des exigences d’infrastructure et de conformité, isolation sur instance dédiée, filtrage par plage d’adresses IP, provisionnement automatique des comptes, revue de sécurité, engagement de service.

Faites la conversion. 50 000 $ par an, c’est environ 4 200 $ par mois, l’équivalent de 220 sièges Organization. Le palier n’a donc de sens économique qu’au-delà de deux cents utilisateurs. En dessous, vous ne payez pas le logiciel, vous payez la conformité.

Et là, tout le raisonnement de la section précédente se retourne. Une PME de trente personnes soumise à une exigence d’isolation passerait de 570 $ à 4 200 $ par mois, pour exactement les mêmes fonctionnalités commerciales. À ce niveau, l’auto-hébergement cesse d’être un choix militant : il devient l’option la moins chère de très loin, et il vous donne l’isolation par construction, puisque l’instance tourne chez vous.

Deux limites passent également sous le radar :

  • 50 crédits de workflow par an sur Pro. Si vous comptez industrialiser vos automatisations, vérifiez ce que consomme votre usage réel avant de vous engager.
  • 50 appels API par minute sur Pro, 100 sur Organization, sur mesure en Enterprise. Le plafond est confortable pour un usage normal. Il devient contraignant si vous synchronisez un gros volume depuis un système externe.

Sur la migration, l’import passe par CSV, ou par l’API au-delà de 50 000 enregistrements. Des partenaires certifiés prennent en charge la reprise complète. Si le sujet vous concerne, notre guide de la migration de logiciel CRM détaille les pièges à anticiper avant de toucher au moindre fichier.

Les quatre signaux qui doivent vous faire renoncer

Un seul suffit à clore le débat.

Vos commerciaux travaillent en itinérance

Twenty n’a pas d’application mobile native officielle. L’expérience se limite à un site adapté aux petits écrans et l’application figure sur la feuille de route sans date.

Il existe pourtant une application native sur les deux magasins, baptisée TwentyMobile. Elle se connecte à votre instance, scanne les cartes de visite en reconnaissance de caractères locale, prend des notes vocales et pousse des rappels de tâches. Elle est gratuite et publiée sous licence libre.

Elle a été développée par une personne, seule, en dehors de l’équipe Twenty.

C’est exactement la promesse de l’open source tenue : un manque du produit officiel comblé par sa communauté. C’est aussi sa limite exacte. Votre accès mobile repose sur un projet bénévole, sans engagement de service et sans garantie de maintenance. Pour une équipe terrain, ce n’est pas un détail de calendrier, c’est un veto. Notre comparatif des CRM mobiles vous orientera vers des options plus sûres sur ce terrain.

Votre direction commerciale pilote au prévisionnel

On l’a vu plus haut : les tableaux de bord sont désormais corrects, mais aucune pondération, aucune projection et aucun suivi de quota ne viennent les compléter. Si votre comité de direction attend un atterrissage trimestriel chiffré, Twenty ne le produira pas.

Vos portefeuilles doivent être cloisonnés

Sur Pro, tout le monde voit tout. Le cloisonnement par ligne exige Organization, donc le double du tarif affiché. Anticipez-le dans votre budget plutôt que de le subir.

Vous attendez des connecteurs prêts à l’emploi

Slack, Zapier et l’API couvrent l’essentiel. Face aux milliers d’applications que proposent les places de marché de HubSpot ou de Salesforce, l’écart est net. Votre outil de téléphonie, votre plateforme d’enrichissement ou votre solution de marketing automation n’auront probablement pas de connecteur natif.

Rien d’insurmontable avec des webhooks et un peu de code. Sauf que « un peu de code » est précisément ce que beaucoup d’équipes cherchent à éviter en achetant un CRM. Si vous n’avez pas de relais technique en interne, regardez du côté des intégrateurs CRM avant de vous lancer.

Français, oui. Souverain, ça dépend de vous

Twenty a levé 4,7 millions d’euros fin 2024 auprès de Runa Capital, avec à ses côtés les fondateurs de HubSpot, de Front, de Cal.com, de Sentry et de Photoroom. Automattic, la maison mère de WordPress, figure aussi au tour de table.

L’interface est traduite en une trentaine de langues, le site existe en français et l’annuaire officiel référence un partenaire français positionné sur le déploiement auto-hébergé, y compris pour le secteur public.

Voilà pour les bonnes nouvelles. Maintenant la nuance, parce qu’elle compte : la nationalité de l’éditeur ne détermine pas la localisation de vos données. Le cloud managé de Twenty n’annonce pas de région européenne dédiée, et la documentation présente d’ailleurs l’auto-hébergement comme le moyen de répondre aux exigences de résidence des données. Si votre DPO impose un hébergement en Europe, la réponse n’est donc pas « Twenty est français ». C’est « hébergez-le vous-même, ou passez par un partenaire qui le fera dans un centre de données européen ».

C’est justement le cas où le calcul de coût s’inverse. Quand la souveraineté est une contrainte et non une préférence, l’auto-hébergement cesse d’être une question d’économies.

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